99 francs, c’est un peu cher…

Au risque de déplaire à certains de mes étudiants qui ont encensé le film 99 francs de Jan Kounen sur leurs blogues, je vais jeter un œil critique sur ce film que j’ai récemment visionné. Je serai volontairement désobligeant ici, dans une tentative d’offrir une contre-partie aux billets élogieux que j’ai lus sur ce film. Voici donc mon grain de sel:

Je tiens à commencer en mentionnant que je n’ai pas lu le livre de Frédéric Beigbeder qui, paraît-il, est excellent. Je ne serai donc pas en mesure de commenter la valeur de l’adaptation cinématographique ici… Mais j’ai des doutes…

L’irritant MAJEUR pour moi reste la facture esthétique du film. Ne me méprenez pas: je constate qu’il y a un travail d’envergure dans le montage et dans la post-production, et le film est loin d’être déplaisant à voir. Ce qui me désole c’est l’ambiance très post-Matrix qu’on retrouve dans le film, avec ses arrêts sur image où le regard se promène entre divers éléments figés dans les airs. Si Matrix innovait avec les plans 360 degrés, je suis d’avis que ça a été trop refait. Ça perd de son charme, et surtout de son utilité: on plaque des images de ce genre dans un but purement tape-à-l’œil, sans se soucier de leur inclusion dans le propos narratif du film. Si ce genre de plan sert bien le film d’action, je trouve qu’il ne sert pas à grand chose dans le film de Kounen. Qui plus est, le film se présente comme une critique des images publicitaires et spectaculaires produites par notre société, mais il met en place des images au caractère ultimement spectaculaire. Il y a donc un non-sens ici, selon moi: on critique un discours en adoptant les codes propres à ce même discours; on est loin de l’anti-spectacle offert par Von Trier dans Dogville et Manderlay, pour donner l’exemple d’un propos efficace tant au niveau de la forme que du fond.

Bon, je m’arrête ici. J’aurais plus à dire, mais j’aimerais avant tout lire des commentaires sur mon appréciation, afin de partir un exercice de débat/critique collective avec vous, chers étudiants.

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A propos The Prof

Un professeur de communication et de cinéma qui s'initie au merveilleux monde du blogue pédagogique dans le cadre de plusieurs de ses cours.
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4 commentaires pour 99 francs, c’est un peu cher…

  1. Cheshire's Cat dit :

    Disons que je pense que l’aspect plastique c’est la signature du réalisateur. Kounen travaille toujours autant le fond que la forme. C’est d’ailleurs, par ce biais, qu’il est passé du court au long métrage.

    Tout comme je dirais de Trier, qu’il privilégie un rythme lent et un style épuré. Sans jamais vraiment ( sauf peut être Europa) mettre en avant son « image » (une des raisons de son adhésion au Dogme 95.)

    On peut très bien utiliser les codes d’un discours que l’on dénonce. 12 singes présente un reflet cauchemardesque de la société, avec des acteurs comme Bruce Willis et Brad Pitt , avec des décors grandioses, mélant histoire d’amour et d’aventure à son récit.
    On s’éloigne, donc, du style Ken Loach ou Dardenne mais le propos reste tout aussi virulent.

    Enfin pour l’effet 360 il me semble que l’effet est plus post- Bound. (même si ça reste Wachowski )

  2. Cheshire's Cat dit :

    Disons que je pense que l’aspect plastique c’est la signature du réalisateur. Kounen travaille toujours autant le fond que la forme. C’est d’ailleurs, par ce biais, qu’il est passé du court au long métrage.

    Tout comme je dirais de Trier, qu’il privilégie un rythme lent et un style épuré. Sans jamais vraiment ( sauf peut être Europa) mettre en avant son « image » (une des raisons de son adhésion au Dogme 95.)

    On peut très bien utiliser les codes d’un discours que l’on dénonce. 12 singes présente un reflet cauchemardesque de la société, avec des acteurs comme Bruce Willis et Brad Pitt , avec des décors grandioses, mélant histoire d’amour et d’aventure à son récit.
    On s’éloigne, donc, du style Ken Loach ou Dardenne mais le propos reste tout aussi virulent.

    Enfin pour l’effet 360 il me semble que l’effet est plus post- Bound. (même si ça reste Wachowski )

  3. Gilleluce dit :

    la critique de la reprise des effets »matrix » me fait penser à un épisode de south-park ou on tourne au ridicule les trop nombreux effets de slow-mo du film 300 (http://www.xepisodes.com/southpark/episodes/1106/D-Yikes.html) ((à partir de 12 min)).

    • The Prof dit :

      Très rigolo! Ces effets sont sur-utilisés selon moi, et tendent à dénaturer le propos de certains films.

      Je suis tout à fait en accord avec l’utilisation de codes reliés à un discours que l’on dénonce; Aronofsky le fait dans « Requiem for a Dream », et l’exemple de Gilliam dans « Twelve Monkeys » est tout à fait juste. Par ailleurs, je ne sens pas ce cynisme et ce jeu sur les codes dans « 99 francs ». Je sens plutôt un film qui vise à époustoufler son spectateur, tout comme le discours publicitaire qu’il dénonce…

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