Sur l’importance du féminisme

J’aimerais réagir ici au billet de cyberblogmedia sur les médias et le sexe, publié cette semaine. Cheshire’s Cat a déjà publié une réponse qui rejoint ma propre réflexion, et j’aimerais rajouter de l’huile sur le feu. Mon propos risque d’être un peu décousu, car j’en ai beaucoup trop à dire…

L’impression selon laquelle les « groupe féministes se battent pour de véritables conneries » est largement répandue, et extrêmement problématique selon moi.Le machisme, la misogynie et l’objectivation de la femme – phénomènes non seulement très répandus, mais largement acceptés – témoignent d’une hypocrisie visant à cacher la peur de la femme qui domine notre culture et nos médias. Cette peur de la femme est examinée en détail par Julia Kristeva dans son ouvrage Les pouvoirs de l’horreur, où elle explore à travers la psychanalyse lacanienne la dimension horrifiante de la femme, de sa sexualité et de sa capacité reproductrice, tous des éléments qui demeurent des mystères entiers pour l’homme – lorsque Freud qualifie la sexualité féminine de « continent noir », il ne décrit que l’incapacité de l’homme à intégrer la femme dans l’ordre symbolique, où tout doit être régi par sa propre Loi. Il est beaucoup plus facile de rabaisser ce qu’on ne comprend pas que d’accepter la différence – on voit d’ailleurs le même phénomène se produire dans les discours xénophobes. La femme englobe une forme d’altérité menaçante pour le ‘pauvre homme’ qui n’y comprend rien… d’où sa nécessité d’en faire un objet de contemplation, ce qui la rend beaucoup moins menaçante…

Bon, laissons de côté Lacan et compagnie, et examinons comment cette peur de la femme se matérialise dans notre culture. Il y a selon moi une forme flagrante d’hypocrisie qui se terre derrière le maintient de la femme en tant qu’objet – tout part de l’incapacité de l’homme à être lui-même objectivé, puisqu’une telle objectivation frise dangereusement la phobie de l’homosexualité, de l’angoisse de castration qui y est liée, et de la nécessité qui en découle d’assumer sans arrêt sa virilité.

La misogynie liée à la peur de la femme se traduit non seulement par l’objectivation de la femme, mais par des propos complètement insipides tels que ceux du très édifiant groupe hip-hop Black Tabou. Dans leur chanson « God bless the topless », ces « musiciens » (je ne vois pas où se cache la musique, mais bon) crachent des phrases du genre « c’est moi qui a le fouet/j’me ferai jamais dominer »… C’est complètement ironique et absurde! Derrière leur allure tuff de gangsta, ces pauvres enfants sont complètement terrorisés, et ces paroles nous le montrent hors de tout doute. D’où vient cette peur d’être dominé? Cette peur doit-elle nécessairement mener à la domination?!?! Il doit nécessairement y avoir un conquérant une conquise? Il y a un non-sens aberrant dans la médiatisation des rapports entre sexes…C’est ce non-sens qui est au centre des questionnements féministes.

La peur du féminisme est issue selon moi d’une conception complètement erronée de ce mouvement. Quand Black Tabou (encore eux!?!) « chantent » une phrase comme « viens ici la féministe j’vas te percer », on fait des références TRÈS dangereuses à Marc Lépine et aux issues tragiques de ces conceptions erronées. Le groupe se défend par la suite avec une explication très enfantine du genre « c’était pour rire »… Tout comme les vidéos du billet de cyberblogmedia, il n’y a vraiment pas de quoi rire selon moi. Rire des propos de Black Tabou, ou des pubs de Axe et autres insipidités du genre où la femme est posée en objet, consiste à prendre à la légère un phénomène beaucoup plus grave.

Pour terminer, je vous laisse sur cette ‘contre-pub’, conçue par Les délicates attentions en riposte aux pubs de bière complètement ineptes, où le sexisme est à la base d’un discours complètement creux. Ces blogueuses ajoutent que «Les femmes ne sont pas des instruments masturbatoires de luxe, (…) il est bien indélicat de la part de la compagnie de broue de prendre leurs consommateurs fétiches tant aimés pour des décérébrés» (source: Cyberpresse).

Alors que je ne vois rien de drôle dans les chansons et vidéos mentionnées plus haut, je trouve cette image-riposte complètement hilarante.

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A propos The Prof

Un professeur de communication et de cinéma qui s'initie au merveilleux monde du blogue pédagogique dans le cadre de plusieurs de ses cours.
Cet article a été publié dans Culture générale, Féminisme, Littératie médiatique, Varia. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Sur l’importance du féminisme

  1. Ping : Le débat n’est pas fini « Le blogue de Lionnel

  2. Luciole dit :

    Bonjour !

    Je commente avec du retard, parce que je viens à peine de tomber sur ton billet (merci recherche Google) !

    Je suis complètement d’accord avec toi, et je désespère de trouver des personnes (hommes ou femmes) qui partagent ces idées. Dans mon entourage, c’est « mais c’est de l’humour, oh la la ! », réflexions sexistes à tout va, et « Mais on est moins à plaindre que dans d’autres pays, quand même ! » J’ai même entendu : « Mais elle est là, l’égalité ! Enfin, sauf pour les salaires, mais c’est pas grand-chose, ça… Fais gaffe, tu vas devenir aigrie, et ça, ça ne plaît pas aux hommes! » Faut-il en rire ou en pleurer ? 😉

    Voilà, désolée, mais j’avais besoin de m’exprimer… Merci de faire circuler ce genre d’idées, et vive le féminisme. 🙂

    Luciole.

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