La motivation a bien meilleur goût

J’entends souvent dire que l’immigration est un problème parce qu’on « se fait piquer nos jobs », une adéquation plutôt aléatoire, pour ne pas dire rétrograde et carrément débile… Dans ce contexte, j’ai beaucoup aimé la chronique de Yves Boisvert dans La Presse de ce matin, où il écrit en réaction à des propos particulièrement (et étonnamment) lucides tenus par Jean Charest. Ce court billet de blogue se veut à son tour une réaction à ces propos et à leurs conséquences.

Petite mise en situation, donc : au cours du forum Focus stratégie Québec 2010, Jean Charest a déclaré au sujet du décrochage scolaire que nous pointons un peu trop facilement du doigt les commissions scolaires, les professeurs et les politiciens, le tout en oubliant « les acteurs les plus importants : les parents ». Selon moi, si ces propos font réagir, ce n’est pas tant par leur aspect impertinent ou conservateur; c’est plutôt parce que nous n’aimons pas nous faire rappeler nos défauts – et il est clair selon Yves Boisvert que l’éducation fait défaut au Québec. Laissons donc de côté les réformes, le financement inadéquat et l’aspect fort ironique des propos de notre premier ministre, qui est loin de « faire partie de la solution », et examinons notre propre relation avec l’éducation.

L’éducation fait effectivement défaut au Québec, et cela se traduit de façon particulièrement frappante dans les statistiques citées par Boisvert : nous détenons le taux de décrochage le plus élevé au sein des provinces canadiennes (voir cet article); nous sommes 81% à penser que la bonne connaissance de la lecture, de l’écriture et des mathématiques est importante (contre 94% dans le reste du Canada); nous sommes 61% à penser qu’il est extrêmement important d’acquérir une attitude disciplinée par rapport aux études (contre 80% dans le reste du Canada); et finalement, pour faire un lien avec le préambule de ce billet, 25% des adultes québécois francophones agés de 25 à 34 ans ont un diplôme universitaire, contre 35% chez les québécois anglophones et 37% chez les québécois immigrants… Les immigrants nous « piquent-ils nos jobs », vraiment? Ou sont-ils tout simplement foutement mieux qualifiés?

Dans sa chronique, Yves Boisvert propose des pistes de questionnement pouvant aisément mener vers une réflexion (voire une introspection) sociale hautement pertinente. Il constate à quel point nous nous intéressons fort peu aux études supérieures dans notre culture; j’ajouterais même que notre culture semble glorifier l’inculture, un sujet qui a été abordé fort adéquatement dans les commentaires liés à ce billet.

Pour terminer, non seulement suis-je en accord avec les propos de Yves Boisvert, mais j’aimerais même rajouter un petit grain de sel: si notre système d’éducation, tout comme les résultats qu’il produit, sont fort loin d’être reluisants, il importe pourtant de noter que nous avons des infrastructures sociales parmi les plus avantageuses en Amérique du Nord en matière d’accessibilité au savoir. En effet, il coûte moins cher d’étudier au Québec que dans le reste du Canada (et je ne parlerai même pas des États-Unis ici!); nous avons des universités dynamiques qui savent se démarquer; nous avons un système de prêts et bourses extrêmement accessible; bref, nous avons les outils pour réussir. Cependant, nous ne mettons pas ces outils à profit: prenons par exemple le système de prêts et bourses, qui permet de financer des étudiants désireux d’apprendre et de se doter d’outils pour réussir, mais qui permet également à d’autres de faire la fête ou de « réchauffer les bancs »… S’il était utilisé intelligemment, ce système pourrait s’imposer comme un vecteur de réussite sociale et intellectuelle au Québec. Donc oui, il importe que notre gouvernement agisse et réinvestisse massivement dans l’éducation, tout en cessant de marteler les enseignants à coup de réformes inutiles. Cependant, il importe que nous fassions un usage plus intelligent des ressources qui nous sont offertes. Et cela passe, comme le montre si bien Boisvert, par une plus grande valorisation de l’éducation à même les foyers du Québec.

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A propos The Prof

Un professeur de communication et de cinéma qui s'initie au merveilleux monde du blogue pédagogique dans le cadre de plusieurs de ses cours.
Cet article a été publié dans Culture générale, Littératie médiatique, Presse écrite. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour La motivation a bien meilleur goût

  1. ytofmesyashev dit :

    Certes le Québec à de grandes lacunes au niveau économique. Les prêts et bourses sont très mal administrés.

    Comme vous le dites, la rémunération selon le succès et la réussite n’existe pas ou presque au Québec.

    Comparativement à des pays comme la Roumanie, qui est sans aucun doute, dans une situation économique 10x plus déplorable que la nôtre, pousse un système scolaire qui valorise la réussite.

    Par exemple, un étudiant qui réussit bien ses études se voit offert la gratuité de toute sa scolarité et ce à tous les niveaux tant et aussi longtemps qu’il maintient une moyenne acceptable.

    Je crois que l’éducation au Québec est d’une excellente qualité. Pour avoir constaté l’enseignement français public, je ne crois pas que le Québec à un réel problème d’enseignement, mais plutôt d’administration et de gestion.

    Au plaisir de hantée à nouveau les locaux de l’UQAT,

    Bonne fin de session,
    Ytofmesyashev, l’expatrié.

  2. Ping : J’décroche « Cyber Blog Media

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