Cinéma hollywoodien et idéologie: Žižek sur « Zero Dark Thirty »

Le philosophe et théoricien Slavoj Žižek signe une critique très intéressante sur le film Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow. À lire en complément aux discussions en classe sur le rôle idéologique des médias de masse.

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Cette semaine dans la blogosphère: un début en force!

La lecture des premiers billets de blogue d’un nouveau groupe d’étudiants demeure un moment que je trouve agréablement fascinant, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce que j’apprends à connaître vos intérêts en lien avec le cours; ensuite, parce que j’apprends à vous connaître en tant que blogueurs, à travers un lien beaucoup moins direct qu’en classe; et finalement, parce que je lis régulièrement des réflexions qui apportent des contributions enrichissantes aux discussions ayant eu lieu en classe. En ce début de session, ma lecture de vos blogues s’est révélée particulièrement agréable. En fait, considérant la quantité de petites perles que j’ai eu le plaisir de lire, je tiens à vous dire que c’est un des plus beaux débuts de session que j’ai eus en tant que professeur-blogueur (et pour ceux qui pensent que je dis ça chaque session, n’hésitez pas à parcourir mes entrées antérieures… Vous verrez que c’est faux).

Afin d’apprendre à vous connaître mutuellement, je vous invite bien entendu à lire les blogues de vos pairs. La section « blogues de mes étudiants actuels » a été mise à jour avec vos adresses. Entretemps, voici un tour d’horizon rapide (et fort restreint) de ce qui s’est dit cette semaine.

Certains d’entre vous se sont immédiatement lancés dans des réflexions sur divers discours médiatiques, ce que je trouve franchement intéressant à ce stade de la session, puisque ces billets annoncent souvent des discussions qui auront lieu dans des cours à venir. C’est le cas de jmrudent qui, à travers l’analyse de THX 1138 de George Lucas, présente une description sommaire des sociétés disciplinaires, notion qui nous occupera durant la deuxième moitié de la session. Dans la même veine, richardrabillon offre une analyse de Fight Club, de David Fincher, qui met la table pour les cours à venir, durant lesquels nous allons discuter de la société de consommation. Dans un billet fort original, thomquebec présente pour sa part la notion des discours « transmédia » — un ajout intéressant aux discussions que nous avons eu en classe au sujet de l’accessibilité des discours artistiques et culturels. Je vous invite également à lire axellesourisse, qui questionne notre rapport aux réseaux sociaux.

Il n’est pas rare, en début de session, que le cours sur la reproductibilité de l’œuvre d’art occupe une place importante dans la blogosphère. Chaque session, je lis des interprétations à la fois fascinantes et originales des idées dégagées par Walter Benjamin. Dans cette veine, je vous invite à lire le blogue hebdomedia, qui propose une belle lecture de la notion de l’art telle qu’elle s’applique aux graffitis et au « street art ». Le blogue mediaburning s’aventure également dans une lecture contemporaine du texte de Benjamin et de ses enjeux, cette fois en se centrant sur la numérisation des œuvres. Richard Lupien, pour sa part, tient un discours à la fois très intéressant et fort bien développé sur la notion de l’aura. Simondesc et khoolz se penchent sur différents aspects liés à la reproduction des œuvres. Et, finalement, deginetdetonic offre un questionnement approfondi et fort bien articulé sur certains enjeux contemporains qui ressortent du fameux texte de Benjamin.

D’ailleurs, je désire attirer votre attention sur l’introduction de ce dernier blogue, que j’ai trouvée à la fois captivante, pittoresque, et tout à fait à propos dans le cadre de ce cours. En y lisant « Il y a mes collègues de classes – je m’y inclus aussi – qui envoient des messages texte pendant les cours », je n’ai pu m’empêcher de sourire en repensant à l’image ci-bas, qui a circulé récemment sur Facebook, et qui fait un point intéressant sur la perspective de l’enseignant qui — même si on ne s’en rend pas compte — voit tout (*)…

Sur ce petit clin d’œil, je vous souhaite une excellente semaine et vous encourage à continuer dans cette voie. La session s’annonce enrichissante!

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(*) D’ailleurs, cette lecture m’a aussi fait réaliser que je n’ai pas présenté ma propre vision quant à l’usage des technologies de la communication en classe. Si certains de mes collègues choisissent de bannir les appareils/ordinateurs portables de leurs salles de classe, une décision que j’ai souvent contemplée, je suis d’avis que l’étudiant est le principal maître de son apprentissage et de sa réussite. Ultimement, bien qu’il ne coûte rien de texter ou de skyper, le faire dans une salle de classe universitaire m’apparaît néanmoins un choix passablement dispendieux. Tout d’abord parce que vous payez pour votre présence en classe, et ensuite parce que, par une expérience éprouvée, je peux garantir que cette pratique tend à se répercuter sur les notes…

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Speak Red!

Je me tais aujourd’hui et je laisse la parole à cette vidéo franchement géniale:

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je suis inquiet…

J’interromps ma rédaction de thèse qui file à toute allure pour partager cette nouvelle de dernière heure: JE SUIS INQUIET…

Je suis inquiet de voir des sondages montrer une profonde division sur les enjeux derrière la hausse des frais de scolarité – enjeux qui, on le sait, ont tôt fait d’éclipser la hausse elle-même. Ces sondages m’inquiètent parce que malgré toute l’impartialité que je tente de donner dans la direction de mes lectures, rigueur académique oblige, je n’ai trouvé encore aucune argumentation digne de ce nom qui promeut la hausse. Je me dis donc que les arguments creux du genre « la juste part », « la sangria et les voyages » et « on est dans la m*rde » réussissent à convaincre un peu plus de la moitié de la population. C’est grave! Faudrait vraiment penser à enseigner la littératie médiatique au primaire et au secondaire, et ÇA PRESSE! (1)

Je suis inquiet par l’obstination d’un gouvernement à ignorer un pan considérable de la population, ce qui m’amène à voir un fond idéologique évident dans la hausse décrétée. En effet, considérant l’ensemble des arguments anti-hausse démontrant entre autres la possibilité de revoir la structure de gestion des universités québécoises, je constate que l’entêtement du gouvernement n’a absolument rien à voir avec le désir proclamé de voir nos universités se hisser parmi les meilleures sur le paysage international. Surtout, je constate qu’il est grand temps que nous soyons dirigés par des gouvernements qui ne sont pas constitués par une majorité de baby-boomers, génération qui ne représente plus la majorité de la population (2) et qui semble beaucoup moins préoccupée par l’avenir de nos universités que par celui de leurs régimes de retraites (qui, soit dit en passant, seront maintenues entre autres par les impôts payés majoritairement par des finissants universitaires). Quand les libéraux se sont fait élire en 2003, en plus de la promesse opportuniste de défaire les fusions proclamées par leurs prédécesseurs, ils ont crié sur toutes les tribunes que leur priorité était la santé. Avez-vous vu une amélioration dans votre temps d’attente à l’urgence? Moi, non. Et quand Pauline Marois se fait taxer d’opportunisme politique en promettant de revoir la hausse à la baisse – et surtout, de repenser l’université elle-même – j’ai tendance à trouver ça pas mal plus constructif que de défaire des fusions dont le gros bon sens était plutôt criant…

Finalement, et c’est l’élément déclencheur du présent billet: je suis inquiet par la juridiciarisation du débat. Je suis encore plus inquiet par les victoires et semi-victoires des demandeurs s’opposant aux grèves DÉMOCRATIQUEMENT ADOPTÉES. Comme je le disais plus tôt sur ma page Facebook, je suis sur le point de demander moi aussi deux injonctions. Puisque je n’ai voté ni pour les conservateurs fédéraux, ni pour les libéraux provinciaux, et même si ils l’ont emporté par une majorité (parfois discutable), je me sens individuellement brimé par ces choix collectifs (3). Tout comme certains étudiants se sentent brimés par la grève. Il semblerait que notre contexte numérique et atomisé actuel nous fait oublier que notre société fonctionne par le biais de décisions prises par une majorité d’individus. Si certains étudiants jugent inacceptable de patienter pendant que la majorité tente de faire avancer les choses pour le bien commun, je vois mal pourquoi je patienterais tranquillement quatre autres années pendant que des gouvernements de droite massacrent la conception que je me fais de mon pays, peu importe que ce pays soit le Canada ou le Québec. (j’aimerais ajouter ici que les discours pro-hausse, qui commencent toujours par « on n’est pas individualistes, mais », ne m’ont jamais démontré autre chose que l’individualisme le plus criant. Je me trompe peut-être, mais ma perception se fonde néanmoins sur une volonté d’impartialité guidant une quantité importante de lectures)

Par ailleurs, tant que la mobilisation étudiante se poursuivra, mon inquiétude sera en partie apaisée…

Mais si on (excluant la personne qui écrit!) réélit ce gouvernement corrompu et complètement déconnecté de la population qu’il représente, mon inquiétude deviendra très certainement une angoisse généralisée!

AJOUT: Je viens d’apprendre l’existence d’une pétition réclamant un moratoire sur la hausse et la tenue d’états généraux sur l’éducation supérieure. J’invite tous ceux qui se sentent interpelés par les enjeux touchant l’avenir de l’université à signer cette pétition sur le site de l’Assemblée nationale!

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(1) Une quantité phénoménale d’articles a été écrite pour dénoncer de façon constructive la hausse et ses enjeux. Vous pouvez en lire un très bref échantillon ici, ici, ici, ici et ici.

(2) Même si cela pourrait en surprendre plus d’un, la génération NET (aussi connue sous le nom de génération Y) compose une proportion plus importante de la population que les boomers. Déjà en 1997, cette situation était décrite par Don Tapscott (Growing Up Digital: The Rise of the Net Generation).

(3) Rappelons que les conservateurs de Stephen Harper se sont fait élire par 39% de la population, soit un peu plus du tiers. Ceci signifie que la majorité, elle, s’oppose à ce gouvernement!

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L’université et la dette symbolique

Pour mes étudiants en grève: voici un texte extrêmement intéressant à lire sur les enjeux derrière la hausse des frais de scolarité. Écrit par Anne-Élaine Cliche, professeure au département d’études littéraires de l’UQAM, ce texte vous préparera également au paradigme lacanien que nous aborderons sous peu.

Bonne lecture!

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Frais de scolarité et démocratisation du savoir

Je profite de cette journée de manifestation étudiante pour me permettre un bref commentaire sur le débat social entourant la hausse projetée des frais de scolarité…

En écoutant RDI ce matin, et la couverture médiatique suivant la tentative ratée des étudiants de bloquer le port de Montréal, j’ai été incroyablement stupéfié par les propos de la ministre de l’éducation (et des loisirs et du sport, triste état!). Selon la ministre Beauchamp, les étudiants mordent la main qui les nourrit « en prenant en otage » la « classe moyenne » qui « paye la majeure part » de leurs études. Argument creux s’il en est un, considérant que ce sont ces mêmes étudiants qui constitueront la classe moyenne et supérieure de demain, et qui devra payer la note des années de décisions pauvres prises par des gouvernements qui carburent sur la crédulité des gens.

En effet, pour monsieur et madame tout-le-monde, c’est pas mal plus simple de croire le discours (incroyablement démagogique) selon lequel les étudiants sont des enfants gâtés et qu’ils devraient « payer leur part » que de voir au-delà des ces pitoyables discours pour examiner les décisions prises par un gouvernement hautement douteux. On assomme ensuite la population avec des comparaisons complètement creuses, démontrant entre autres que c’est au Québec que les étudiants étudient au meilleur prix. Certes, on se garde bien de mentionner que c’est au Québec que le taux d’imposition est le plus élevé, ce qui veut dire que le diplômé universitaire (qui gagnera en forte probabilité considérablement plus que ses concitoyens) contribuera en plus grande proportion aux coffres publics. Oui, aux États-Unis, les études coûtent un prix astronomique; cependant, est-ce vraiment une base de comparaison? Après tout, cette même société américaine s’indigne contre toute forme de justice sociale (qu’elle identifie sempiternellement au socialisme, un mot des plus abjects!); j’en prends pour preuve le débat récent sur la couverture médicale universelle promulguée par un président qui a été élu précisément pour cet agenda.

La comparaison avec les américains est d’autant plus dangereuse en ce qu’elle sous-entend un accès au savoir réservé aux familles aisées et à l’élite. L’accès au savoir est très loin d’être démocratique chez nos voisins su sud. Je vois donc dans le débat entourant les frais de scolarité un débat beaucoup plus profond sur les valeurs sociales. Ici, je trouve personnellement que le débat est disproportionné: d’un côté, des gens qui tiennent à un accès à l’éducation et à la justice sociale; de l’autre, une population complètement individualiste, qui milite pour un système « d’utilisateur-payeur » jusqu’au jour où ils doivent eux-mêmes devenir « utilisateurs ». Et au milieu de tout cela: des médias qui contribuent à faire verser le débat autour des questions les plus creuses, dont j’ai déjà évoqué quelques exemples.

En détournant le débat ainsi, les médias (qui, ne l’oublions pas, sont souvent biaisés par des intérêts corporatistes et/ou idéologiques) éloignent la perception des gens du vif du sujet: quelle société voulons-nous pour demain? Quand je vois l’apparition d’une forme prononcée de droite idéologique au sein des médias (pensons ici à la chaîne Sun News qui crache les insanités les plus frappantes pour émoustiller l’opinion des gens autour de questions servant l’idéologie plutôt que l’avancement intellectuel), et quand je vois le manque flagrant de littératie médiatique chez une part importante de la population, qui ne prend aucunement la peine de remettre en question et de relativiser l’information reçue, je m’avoue profondément inquiet. Au-delà des multiples facettes de ce débat, je vois une question centrale: voulons-nous d’une société où l’accès au savoir est démocratique, et relève d’un choix individuel? Ou voulons-nous d’une société dont l’élite est formée non pas par des individus compétents, issus de toutes les classes sociales, mais par ceux qui sont nés sous une bonne étoile? Considérant l’orientation de plus en plus à droite des gouvernements canadiens de tous paliers, force nous est de croire que rien ne fait plus peur qu’une population éduquée. Sur ce sujet, je trouve fort intéressante l’image au bas de ce billet: on y voit des étudiants éduqués terrorisant certains des leaders autoritaires les plus crapuleux du 20ème siècle, le tout dans une esthétique faisant un clin d’oeil fascinant à la propagande sur laquelle reposent ces régimes autoritaires… (merci à ma collègue doctorante Hélène Laurin qui a partagé cette image sur Facebook…)

Toutes ces questions font en sorte, selon moi, que ce n’est pas tant la hausse des frais qui est au centre de ce débat important, mais plutôt ce que ce débat représente au plan social. Pour cette raison, j’encourage mes étudiants en grève à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour ouvrir les yeux des gens, et pour mettre de l’avant la question la plus fondamentale: une société éduquée équivaut à une société réellement démocratique où les choses sont remises en question, plutôt que d’être « gobées » sans poser de questions.

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Nouvelle direction pour les pubs de American Apparel?

Un petit billet-express avant de commencer ma journée:

Je suis tombé sur une pub réalisée par Tony Kelly pour le compte de American Apparel, et j’ai été non seulement ébloui par sa facture esthétique franchement incroyable, mais en plus j’ai été agréablement surpris par le délaissement des codifications habituelles propres à cette compagnie de vêtements. En effet, alors que les pubs de American Apparel flirtent souvent avec diverses formes d’esthétiques porno, celle-ci laisse de côté les femmes dénudées et infantilisées pour nous présenter, en ralenti, deux enfants qui expriment une forme d’opposition entre le principe de réalité et le principe de plaisir. Alors que l’un des deux parle au téléphone et se donne un air sérieux, l’autre effectue une chorégraphie de break dancing plutôt épatante. Conséquemment, plutôt que de tisser un lien plutôt obscure entre la porno amatrice et les vêtements de marque American Apparel, cette pub montre que les vêtements en question conviennent à diverses sphères de la vie courante. Un lien plus simple, direz-vous, mais beaucoup plus sain.

En lisant le billet de blogue blogue de Wassup Litteracy sur le clip musical, je me suis dit qu’il serait effectivement pertinent d’aborder des discours médiatiques comme la pub et le clip dans notre cours. Ces discours, qui empruntent souvent des codes propres au cinéma pour mieux se les réapproprier, méritent une attention que je vous promets de leur accorder dans les semaines qui viennent.

Bon visionnement et bonne fin de semaine (et bon cours tantôt)

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