Revue de la semaine: Et c’est parti!!!

Voilà maintenant un mois que la session est débutée. Depuis la semaine dernière, je peux à présent affirmer que la session est vraiment-entièrement-pour-de-vrai démarrée puisque mes étudiants ont inauguré leur incursion dans la blogosphère! Après avoir fait le tour des premiers billets, je ne peux que crier haut et fort mon épatement: en effet, la session et les réflexion sont fort bien parties!

Plusieurs billets m’ont frappé par leur pertinence et leur capacité à poursuivre les discussions ayant eu lieu en classe. Je mentionne ici ceux qui abordent Walter Benjamin, puisque nous avons passé un certain temps à parler de ce penseur et de sa notion d’aura de l’œuvre d’art. Wild Dog et Ero-sennin décortiquent la question de l’aura du cinéma, alors que Ingénue et dimitrilium abordent l’aura de médiums tels la pub et même l’opéra! La question benjaminienne du choc dans la représentation est à son tour abordée par Esod dans un billet s’inspirant du film « Fatal ».Ces billets, ainsi que la plupart des autres rédigés la semaine passée, m’ont bien plu par leur capacité de synthèse et leur pertinence en lien avec le cours.

Ça promet!!!

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Les goûts ne se discutent pas… ils se façonnent

Avec beaucoup de retard (rentrée universitaire oblige), je désire jeter mon grain de sel dans le débat qui a eu lieu au Québec, début août, autour de la critique assassine qu’a rédigée Marc Cassivi du film Filière 13 de Patrick Huard. Certes, ce billet n’apportera sans doute aucun ingrédient magique permettant de donner un nouveau souffle à cette polémique, mais je trouve le sujet particulièrement intéressant pour les étudiants de mon cours Modèles théoriques de la communication de masse, qui auront à bloguer avec moi sous peu sur des enjeux similaires.

Petit récapitulatif:

– Fin juillet, Marc Cassivi voit le film de Patrick Huard et écrit une chronique dans laquelle il questionne la « hollywoodisation » du cinéma québécois, phénomène qu’il relie avant tout à la prédominance des acteurs-vedettes qui se fait au détriment des scénarios et des récits.

– Le matin même de la publication de cette chronique, Patrick Huard passe en entrevue à la première chaîne de Radio-Canada et profite de cette tribune pour traiter Cassivi de « petit joufflu pas télégénique »; il s’y plaint des conditions de production cinématographique au Québec, et affirme (avec raison) que le cinéma québécois doit aussi produire des films commerciaux.

– Le 31 juillet, Marc Cassivi publie sa critique fort sévère du film Filière 13, dans laquelle il questionne les talents de réalisateur de Patrick Huard, qu’il qualifie par ailleurs de bon acteur et de bon humoriste. Cassivi se désole de voir que les fonds publics aient financé un film aussi générique et sans vision.

– Le 2 août, Anik Jean commente la critique et Cassivi lui-même, mais je vais me garder d’inclure cet épisode – et ce commentaire – carrément impertinents dans ce billet, pour me consacrer à la question centrale, à savoir: comment nos fonds publics doivent-ils être dépensés lorsqu’il s’agit de la production cinématographique québécoise?

Cette question a été abordée avec brio dans deux billets de blogues. Dans le premier, l’auteur donne raison aux deux parties, mais termine en disant que s’il est important de produire des films commerciaux au Québec, il y aurait tout de même moyen d’en faire des meilleurs (il cite Horloge biologique de Ricardo Trogi en exemple). Dans le deuxième billet, l’auteur insiste lui aussi sur la nécessité de produire des films commerciaux au Québec, puisque les films sont financés avec les taxes de Monsieur et Madame Tout-le-monde, et que Monsieur et Madame Tout-le-monde veulent avant tout voir des films commerciaux avec des effets spéciaux, des cascades et des blagues. Et si on ne produit pas de tels films, Monsieur et Madame Tout-le-monde iront voir le dernier blockbuster américain.

Bon, mon grain de sel à présent:

Je partage entièrement l’avis de Marc Cassivi sur Patrick Huard: si cet humoriste est parmi les meilleurs au Québec, et s’il est un des rares humoristes à avoir du talent comme acteur, je suis convaincu qu’il n’aurait jamais eu la chance de s’improviser réalisateur n’eut-ce été de sa position dans le vedettariat québécois. Devenir réalisateur (et surtout, devenir BON réalisateur) demande beaucoup plus qu’un sens de l’humour, sans quoi on utilise les clichés les plus flagrants, allant des « abus de filtre » à la direction peu crédible des acteurs. Dans cette veine, je questionne sérieusement l’utilisation des fonds publics pour produire des films réalisés par des réalisateurs improvisés – d’autant plus que plusieurs universités québécoises forment des gens dotés d’outils et de talents beaucoup plus crédibles dans le domaine de la création et de la réalisation cinématographiques. Et lorsque Huard se plaint des moyens dont il a disposé pour son film ($5.1 millions), je partage le désarroi de Cassivi qui demande « combien de films signifiants peut-on produire avec $5.1 millions »? Des chefs-d’œuvres ont été réalisés avec moins que cela (exemple rapide et dans doute peu pertinenent qui me vient à l’esprit: Requiem for a Dream de Darren Aronofsky).

MAIS, je partage également l’avis de Patrick Huard, du moins jusqu’à un certain degré: le cinéma québécois doit produire des films commerciaux qui plairont au public élargi, en plus de produire des œuvres innovatrices qui feront avancer l’art et le médium cinématographiques. Cependant cet argument pèse peu pour justifier le film Filière 13, qui ne se distingue aucunement et qui est d’une généricité absolument insupportable. Il y a moyen de produire des films accessibles qui se distinguent néanmoins par leur originalité et leur utilisation plus réservée des clichés et des dispositifs sur-utilisés. Ces films plairont au public, tout en lui procurant un cinéma qui a son caractère propre et sa capacité de nuance.

Ce qui m’amène à ma remarque finale: à force de toujours avoir peur d’innover, le tout afin de plaire au public, on génère des goûts culturels et cinématographiques fort peu élevés. Le cinéma hollywoodien a compris cela et réussit à innover dans plusieurs de ses productions, générant des films qui, tout en étant destinés à un public cherchant avant tout à se divertir, réussissent parfois à sortir des sentiers battus et repensent le cinéma populaire, le tout en confiant les tournages à des réalisateurs formés, chevronnés et innovateurs (pensons notamment à Christopher Nolan, que Patrick Huard dit admirer). Si cette tendance se maintenait, ne serait-il pas possible de prétendre générer des goûts et des attentes cinématographiques plus développés au sein de la population? Réaliser des films aussi génériques et sans saveur, n’est-ce pas un peu narguant envers le public, à qui on semble prêter bien peu de capacités à recevoir des films bien pensés et bien réalisés? Cette question s’adresse avant tout à mes étudiants, bien que j’invite tout le monde à commenter ce billet.

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Critique et littératie médiatique a changé d’adresse

Chers étudiants/lecteurs,

Bienvenue sur le nouveau site du blogue critique et littératie médiatique. Le contenu intégral de l’ancien blogue, incluant les commentaires sur les billets, a été déménagé ici, et tous les liens ont été mis à jour.

La liste d’abonnement par courriel a été transférée sur ce nouveau site; si vous étiez abonné à l’ancien blogue, il ne vous est donc pas nécessaire de vous abonner à nouveau. Par ailleurs, si vous n’étiez pas abonné, n’hésitez surtout pas à le faire.

Si vous voyez des liens non fonctionnels (ou des liens menant vers l’ancien blogue), ou si vous notez toute autre forme de problème, n’hésitez surtout pas à m’en faire part en m’écrivant.

Bonne lecture!

The Prof
theprof@litteratiemediatique.com

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Critique et littératie médiatique déménage!

Bonjour chers étudiants/lecteurs,

Veuillez prendre note que le contenu intégral de ce blogue a été déménagé à l’adresse www.litteratiemediatique.com. Conséquemment, bien que je compte laisser en ligne cette version-ci du blogue pendant un certain temps, il est à noter qu’aucun nouveau billet n’y sera publié. Je vous invite à changer vos signets ainsi que vos liens, si vous possédez une page web renvoyant à ce blogue.

AU SUJET DES ABONNEMENTS:

Si vous êtes abonné à ce blogue par courriel, votre adresse sera incorporée dans la liste d’envoi du nouveau blogue. Par ailleurs, si vous êtes abonné aux fils RSS de ce blogue, il vous sera nécessaire de créer un nouveau fil RSS à partir du nouveau blogue.

Bien à vous,

The Prof
theprof@litteratiemediatique.com

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Sur la nuance et l'uqamophobie

Décidément la nuance – et son absence – sont récurrentes cette semaine! En début de semaine, j’ai partagé sur ce blogue une petite montée de lait liée aux réactions disproportionnées causées par la vidéo de femmes voilées à l’aéroport Trudeau. Je renchéris aujourd’hui en traitant d’une autre vidéo, sur un sujet fort différent, qui circule sur YouTube et Facebook depuis quelques semaines. Encore une fois, il semble que les montages vidéo génèrent un certain manque de nuance…

La vidéo en question est un Vox Pop de Guy Nantel, présenté dans le cadre d’un gala JUSTE POUR RIRE, dans lequel on voit des étudiants de l’UQAM et du Cégep du Vieux-Montréal répondre de façon lamentable à des questions faisant appel à des connaissances générales que tout le monde devrait posséder, surtout dans les cercles académiques post-secondaires (la vidéo se trouve au bas de ce billet). En lisant les réactions d’internautes tant sur Facebook que sur YouTube, je me sens contraint de proposer certaines pistes de lectures NÉCESSAIRES à cette vidéo, nuance et littératie médiatique obligent:

  1. Cette vidéo a une visée très particulière, soit celle de FAIRE RIRE. Conséquemment, il est évident que le montage et le choix du métrage ont été effectués dans ce but. En supposant que ce cher M. Nantel n’a retenu que 5 % des entrevues effectuées, je n’ai sûrement pas besoin de rappeler que les étudiants choisis pour le montage final sont ceux qui paraissent le plus ridicule, le tout afin de FAIRE RIRE;
  2. Conséquemment, il serait plutôt généralisant de croire que TOUS les étudiants du Cégep du Vieux-Montréal et de l’UQAM ont des connaissances aussi limitées. L’UQAM est reconnue comme une des universités les mieux réputées dans les domaines des communications et des sciences humaines; j’en profite pour ajouter (ça vaudra ce que ça vaudra) que l’UQAM est responsable en majeure partie du développement intellectuel, académique et littéraire de l’humble professeur que je suis, puisque j’y ai effectué mon baccalauréat, ma maîtrise et une attestation de deuxième cycle en pédagogie. Prétendre que cette vidéo représente la qualité intellectuelle de la population étudiante uqamienne relève de l’extrapolation et de la généralisation grave;
  3. Parmi les commentaires aperçus sur YouTube et Facebook, j’ai vu beaucoup d’indignation et de désolation de la part d’étudiants d’autres universités, ainsi que de la population générale. J’ai lu des commentaires, parfois remplis de fautes, qui criaient haut et fort un découragement sévère devant tant d’ignorance. J’enseigne dans une autre université et tout ce que je peux dire ici, c’est que la population universitaire québécoise est riche de jeunes gens dynamiques et désireux d’apprendre, et à qui j’ai l’honneur inestimable d’enseigner; cependant, on peut trouver une infime minorité de gens non renseignés dans n’importe quelle université. Conséquemment, j’insiste sur le fait que Guy Nantel aurait pu choisir n’importe quelle université pour recueillir ses témoignages. J’invite donc les lecteurs de ce blogue à la prudence et à la nuance dans les jugements apportés suite au visionnement de cette vidéo. J’en profite pour souligner au passage certaines innovations provenant d’étudiants en communications à l’UQAM, et sur lesquels j’ai écrit des billets par le passé (ici et ici);
  4. Finalement, étant donnée cette infime minorité de gens fort peu renseignés qui peuplent les Cégeps et universités du Québec (et du monde), je questionne fort sérieusement la nature de l’humour de Guy Nantel, qui nous invite au bout du compte à rire de l’ignorance de gens. Je pousserais même la réflexion plus loin, au risque de manquer moi-même de nuance: pendant que les gens se foutent de la gueule d’autres gens en regardant cet humoriste, ils ne sont pas en train d’écouter des émissions au contenu beaucoup plus enrichissant et éducatif. Finalement, avec son humour que je juge douteux, Nantel ne fait pas grand chose pour améliorer le niveau d’ignorance au sein de la population…

Ultimement, il importe de noter que je suis loin de trouver impressionnant ce que j’ai vu dans cette vidéo. Par contre, je ne suis pas beaucoup plus impressionné par les réactions généralisantes et non nuancées que j’ai lues sur divers médias sociaux depuis quelques jours. Décidément, au risque de répéter mes pensées de mardi dernier, le montage reste un outil résolument efficace pour manipuler les opinions, puisqu’on semble facilement oublier son caractère NARRATIF, ESTHÉTIQUE, et IDÉOLOGIQUE. Quand on raconte quelque chose avec des images, on choisit bien entendu les images qui permettent de mieux servir notre but. Et une littératie médiatique de niveau universitaire doit absolument mener à questionner ce qu’on voit…

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Sur la nuance et l'islamophobie

Ce blogue a été plutôt silencieux cet été, mais à l’approche de la rentrée il est temps de se remettre au travail… et de s’indigner des affronts à l’intelligence qui nous assaillent.

Dans une perspective de littératie médiatique, je trouve un peu fascinant – et franchement déplorable – les divers mécanismes médiatiques et socioculturels qui semblent promouvoir une forme d’islamophobie au sein de notre population. J’ai publié par le passé un billet sur les chaines des courriels, ainsi que sur un certain groupe Facebook carrément débilitant ; je persiste aujourd’hui en ajoutant mon grain de sel sur un des sujets de l’heure : la fameuse vidéo d’une femme voilée à l’aéroport Trudeau, à qui on aurait omis d’exiger de se montrer le visage…

Il semble qu’au Québec, nous sommes un peu trop prompts à se vanter d’être tolérants et ouverts, alors que nous sautons régulièrement sur l’occasion de démoniser tout ce qui porte un voile. Il faut bien me comprendre (et me lire jusqu’à la fin): je crois fermement à la laïcité au sein de la sphère publique, tout comme aux rapports égalitaires entre les sexes (ceux qui me connaissent savent que je suis un féministe plutôt insistant). Par ailleurs, je crois également (et réellement) à la richesse que nous procure la diversité culturelle. À cet effet, les généralités qui s’écrivent et se disent au sujet des autres cultures, et qui commencent habituellement par « je suis pas raciste mais… », me font carrément ‘sauter une coche’ (pour parler en bon québécois). La situation de l’aéroport Trudeau fait partie de ces situations : on s’indigne, on condamne, on craint pour notre sécurité et notre identité… mais on n’a aucune idée de quoi on parle puisqu’on se fie à une seule source, très peu fiable de surcroît.

Marie-Claude Lortie a écrit aujourd’hui une chronique qui présente ENFIN une vision éclairée, et qui peut être lue sur le site de Cyberpresse. Elle questionne non seulement la vidéo, qu’elle qualifie d’approximative –  à juste titre ; elle questionne également la portée disproportionné de cette courte vidéo qui utilise le montage, les gros plans et les commentaires en intertitres pour générer une chasse au sorcières plus ou moins fondée. Comme Lortie le dit si bien : s’il y a VRAIMENT eu manquement dans les vérifications des identités de ces voyageuses, il y a certainement lieu d’enquêter et d’aller au fond du problème. Mais peut-on se fier à une courte vidéo amatrice, fortement éditée et très éditoriale, pour justifier les interventions qui nous ont été servies par notre cher gouvernement un tantinet paranoïaque ? Je crois que c’est dans une telle situation qu’on doit s’interroger sur la portée du journalisme citoyen qui, dans ce cas, semble encourager une nouvelle forme de méfiance digne du maccarthysme d’après-guerre. À l’ère de l’information, il semble que certains se contentent de fonder des opinions sur très peu d’information, finalement…

Pour ceux qui n’auraient pas vu la vidéo, la voici:

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Créations étudiantes et genres cinématographiques

Dans le cadre du cours « Les genres cinématographiques », que j’ai donné cet hiver, les étudiants devaient produire une bande-annonce pour un film fictif. Il s’agissait non pas de concocter un court métrage narratif, mais plutôt de créer un discours visant à programmer les attentes du spectateur et ce, à travers les codifications liées à un ou des genre(s) spécifique(s).

C’est donc avec un immense plaisir que je partage, sur ce billet, certaines des bandes-annonces étudiantes réalisées dans le cadre de mon cours.

Slinky – une bande-annonce qui emprunte à l’horreur et, plus spécifiquement, au slasher.

La vengeance à deux mains II – La vengeance de Walter West – une bande-annonce pour un western/ganster-film/action-film.

La dame aux corsets – une bande-annonce de film noir.

La mission ultime du commando extrême – un film de guerre abitibien!

Alors voilà. Assurez-vous de revisiter ce billet de temps en temps puisqu’il manque plusieures bandes-annonces, et que je les ajouterai dès que les étudiants me fourniront leur adresse youtube.

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Triste imbécillité…

Après mes récentes montées de lait à l’endroit des inepties radiophoniques de la station CHOI, je poursuis avec un autre billet visant à dénoncer l’ignorance crasse et les propos indéfendables tenus sur des tribunes médiatiques.

J’ai récemment eu vent de l’existence de deux groupes Facebook fort édifiants: « Ici on est au Québec, si t’es pas content décaliss [sic] » et « Si t’aimes pas comment on vit ici, retourne dans ton CALISSE de pays!!! » Le premier des deux groupes affiche d’ailleurs ce commentaire très pertinent: « Spasse ici on est au Québec, on se caliss de qu’esse tu pouvait faire dans ton pays pi que tu peut pas faire ici. Fac si t’es pas content décaliss creux dans ton fucking désert pi vien pas nous faire chier. » Évidemment, en lisant de tels noms de groupe et de tels commentaires, et surtout de telles preuves d’illettrisme, il demeure difficile de croire qu’une des motivations centrales de cette intolérance se situe dans l’inquiétude vis-à-vis de la pérennité de la langue française au Québec. Mais bon, là n’est pas le but de mon propos aujourd’hui.

Ce court billet vise plutôt à crier haut et fort mon découragement total et complet devant la quantité non mesurables de crétinisme qui se dégage de tels groupes et, surtout, des commentaires qu’on peut y lire. Je cite à titre d’exemple (intégralement sans corriger les erreurs flagrantes) ce commentaire d’un membre:

« Wow c’est quoi vôtre problème c’est pas du tout raciste se site là!! Le Québec est assez plein de ressources pour aisément se séparer­. Et puis moi je pense que le monde aime pas les arabes pcq on peut même pas leur voir la face quand y se promène dans la rue, je suis pour le fait qu’on oblige le monde à découvrir leur… face en tout temps dans les endroit publique.! Sauf à l’Halloween…(si vous acceptez tous se que les arabes nous proposent en se moment…vous êtes d’accord avec:

1- la polygamie
2- la régression des femmes au niveau d’être inférieurs
3- mosquées et prières 5 fois par jours (partout)

Merci et longue vie aux souverainistes! Votez oui, le prochain référendum s’en viens je le sens. »

J’ai choisi ce commentaire parmi les centaines et les centaines parce qu’il renferme à lui seul la quasi-entièreté des incohérences liées à un tel discours, et ce pour les raisons suivantes:

  1. N’importe quelle phrase qui commence par « je suis pas raciste, mais… » promet une teneur élevée d’ignorance et de xénophobie, tout en se dégageant de toute responsabilité envers les propos évoqués. Ce membre nous informe donc que le groupe ayant pour nom « Ici on est au Québec, si t’es pas content décaliss » n’est absolument pas raciste, sans mettre de l’avant le moindre argument. Immédiatement, on passe au fait que le Québec a « tout plein de ressources… » De dire que cet argument est faible serait plus que généreux; il est carrément débile. La question de fond n’est jamais abordée!
  2. Ce membre nous informe par la suite que le monde n’aime pas les arabes parce qu’on ne leur voit pas le visage… Évidemment, cela sous-entend que TOUS les arabes SANS EXCEPTION se voilent le visage… Et bien entendu, l’islamophobie n’a rien à voir avec les images médiatiques propagées et les généralités entretenues: c’est parce que « on voit pas leur face »! Ce genre de généralité n’a d’équivalent que chez un texan qui croirait que TOUS les canadiens vivent dans des igloos et exercent la profession de coureur des bois…
  3. Et finalement, l’argument massue: si on accepte les arabes, on accepte la polygamie, la régression des femmes, la prière 5 fois par jour… Ma conclusion face à cet argument incroyablement bien déployé: les participants des groupes échangistes du Québec sont clairement des arabes; nous, on ne trompe pas nos conjoint(e)s et on n’objective SURTOUT PAS les femmes dans nos médias visuels! Je n’ai rien à rajouter: les propos parlent d’eux-mêmes… et ils ne disent pas grand chose! Pour ma part, je cherche encore le lien entre tout ce beau ramassis de n’importe quoi et le souverainisme… Mais bon…

Au-delà de mon découragement devant de telles manifestations d’intolérance et de xénophobie non fondées, je trouve accablant de voir qu’on se permet de véhiculer des absurdités basées sur du vide… J’ai même pu lire sur une de ces pages que nos vaillants grands-parents méritent beaucoup de respect puisqu’ils sont monté dans les poteaux pour poser la FIBRE OPTIQUE grâce à laquelle on navigue sur Internet. À l’ère de l’information, il est aisé de croire que les gens sont moins informés qu’auparavant! Bien entendu, tout le monde est libre de s’exprimer comme il le veut bien, me répondra-t-on avec justesse. Mais la liberté d’expression est une question très pointue, sur laquelle mes étudiants et moi-même avons récemment rédigé un billet de blogue collectif: d’une part cette liberté s’arrête là où commence celle de l’Autre; d’autre part, cette liberté d’expression n’annule quand même pas l’importance des argumentations et des faits dans l’art du débat, choses qui manquent cruellement sur les sites abordés ici.

Dans un autre ordre d’idées, je sombre carrément dans la dépression en constatant que ces pages Facebook ont respectivement 30,000 et 15,000 membres, et c’est ce qui motive l’attention que je leur accorde. J’enjoins tous les lecteurs de ce billet inscrits à Facebook à se joindre au groupe « Ici on est au Québec, restes-y pour bâtir une société ouverte et colorée », qui se veut une réplique aux autres groupes mentionnés, que je vous invite à DÉNONCER. Je vous invite également à prendre le temps de lire les commentaires et les débats sur cette page, qui sont dignes du terme ‘débat’ contrairement aux affirmations non fondées et non défendues polluant les autres pages mentionnées…

Et bien entendu, n’hésitez pas à commenter ce billet!

http://theculturecraft.files.wordpress.com/2009/11/illume_islamophobia_ridz_0031.jpg

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Liberté, j'écris ton nom partout!

La session se termine et avec elle, la première année des étudiants qui ont fait avec moi l’expérience du blogue pédagogique. Ces étudiants, qui ont suivi un cours de théories des médias de masse cet automne, ont enchaîné cet hiver avec un cours de méthodologie de la recherche. Dans les deux cours, nous avons eu recours au blogue comme forum d’idéation, comme outil d’argumentation, comme instrument de développement réflexif et – je crois bien – comme source de plaisir.

Pour clore le bal, nous présentons aujourd’hui un billet de blogue collectif sur la thématique de la liberté d’expression, une notion qui permet de puiser dans les acquis théoriques du cours de médias de masse, tout en faisant l’expérience d’une courte recherche; il s’agit effectivement d’une notion complexe tant au niveau conceptuel que pratique. Les billets traitent de facettes diverses liées à la problématique de la liberté d’expression; ils sont écrits séparément, mais dans l’idée de former un propos construit présentant une évolution et un fil conducteur. Je vous invite donc à parcourir les billets de blogue en suivant les liens qui y sont insérés.

Vous pouvez commencer immédiatement en lisant le billet de Cheshire’s Cat sur la liberté menacée.

Vous pouvez revenir sur cette page pour naviguer à travers les billets, car il se peut que certains d’entre eux ne contiennent pas de lien menant vers le billet suivant. Voici donc la liste des billets composant cette entrée collective:

1ere partie (Cheshire’s Cat) – sur la liberté d’expression et la religion
2e partie (Mr.Bear) – sur Dieudonné et l’expression culturelle
3e partie (Gille-Luce) – sur South Park et la récupération de la liberté d’expression par l’humour
4e partie (Grand Master Chief) – sur la liberté d’expression dans la musique
5e partie (CyberBlogMedia) – sur Gilles Proulx
6e partie (The Prof) – sur Stéphane Dupont
7e partie (Dimitilium) – sur la liberté d’expression et le Web
Conclusion (lionnel) – sur la question de l’éthique

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Dupont, CHOI, la liberté d’expression et sa perversion…

Dans un billet récent, Mr. Bear a porté à mon attention l’existence d’un certain Stéphane Dupont qui crache des inanités sur les ondes radiophoniques de la ville de Québec. J’ai déjà émis un court commentaire sur ce personnage franchement disgracieux dans un billet récent, mais j’ai depuis parcouru de nombreux forums et sites web, et je sens la nécessité de rajouter de l’huile sur le feu, même si on pourra m’accuser de ressasser de vieilles histories. Voici donc mon avis très peu nuancé sur ce débat parfois vide, parfois acrimonieux, mais ô combien intéressant.

Afin de ne pas passer par une mise en contexte laborieuse, j’invite les curieux qui n’ont pas eu vent de cette polémique à lire cet article, ainsi que celui ci.

La petite tirade entre Jean-René Dufort et Stéphane Dupont, qui a fait rage cet hiver, semble avoir soulevé bien des passions, particulièrement à Québec. J’ai trouvé fort divertissant la lecture de certaines discussions ayant eu lieu, notamment sur le site la clique du plateau. Il y a un peu moins de 1000 commentaires sur ce site, et une lecture rapide révèle qu’une proportion substantielle de ces commentaires est dépourvue du moindre contenu constructif et argumentatif. Étant donné le fait que Jean-René Dufort s’est attaqué à Stéphane Dupont, et que Patrick Lagacé s’est rapidement joint à la partie sur son blogue et dans sa chronique, certains auditeurs radiophoniques de Québec ont senti la nécessité de voir dans ce débat un autre pan de la supposée rivalité Québec-Montréal. Voici quelques incohérences qui selon moi ressortent de ce débat :

1)   Toute référence à une supposée rivalité Québec-Montréal dans ce débat est dépourvue de fondement. Ça donne des commentaires du genre «  vive la ville de quebec et steph dupont montreal ville de marde », ce qui n’adresse aucunement le fond du débat, à savoir la limite de la liberté d’expression. Même que cette supposée rivalité est unidirectionnelle : alors que l’auditoire radiophonique de Québec s’attaque aux Montréalais qui sont supposément trop bourgeois pour comprendre toute la ‘subtilité’ du propos de Stéphane Dupont, le commun des mortels dans la métropole a une opinion beaucoup moins hostile envers la vieille capitale. Je pense qu’il faut se centrer sur le fond du débat, qui est : peut-on tolérer la diffusion publique de propos haineux et injustifiés?

2)   En se recentrant sur le fond du débat, j’ai lu sur la page facebook ‘Auditeur de Steph Dupont et fière de l’être!’ certains commentaires plutôt incroyables, notamment sur le fait que Infoman aurait cité Dupont hors contexte. Citer hors contexte est un acte à travers lequel on utilise les propos de quelqu’un en leur conférant un nouveau sens. Devant un tel argument, j’aurais tendance à poser la question suivante : dans quel contexte est-ce que le fait de traiter Haïti (ou Tahiti) de « trou à marde » a du sens? Il n’y a aucune citation hors contexte ici, dans la mesure où il n’y a aucune perversion des propos de Dupont; ce sont plutôt les propos mêmes de Dupont qui sont pervers. Il s’est d’ailleurs excusé pour ce propos depuis.

3)   La rhétorique des défenseurs de Stéphane Dupont pose un problème grave, et elle génère une forme de radicalité qui nuit au débat. Dès qu’on critique leur station chérie, CHOI radio X, les auditeurs crient au meurtre (ou à la libArté) et pourfendent les gens à l’origine de la critique, le tout en véhiculant des propos beaucoup moins bien défendus. Doit-on comprendre que les animateurs de radio sont au-delà de toute critique? Ce sont des déités inatteignables? Vous criez à la liberté d’expression : si cette liberté d’expression vous permet de cracher toutes sortes d’inepties sur Montréal, Haïti, Tahiti, le ‘Nymphoman’, il reste que cette même liberté donne le droit à quiconque de critiquer votre animateur grossier, (bonhomme)carnavalesque et sans-dessein.

4)   Il est du devoir des auditeurs de TOUTE FORME de média de critiquer et de remettre en question le média, sans quoi on ne fait qu’avaler aveuglément tout ce qu’on crache en notre direction. En posant les animateurs de leur radio comme incritiquables, les auditeurs de CHOI ne font selon moi que confirmer leur crédulité et leur incapacité à remettre en question les messages médiatiques qui leur parviennent, ce qui explique leur incapacité à cerner le débat et leur nécessaire repli vers des commentaires du genre « tout le monde à Montréal est con parce qu’ils aiment pas notre animateur chéri ». Jean-René Dufort est tout aussi critiquable que Stéphane Dupont, quoique pour des raisons fort différentes, et demeurer incapable de formuler des critiques illustre un grave manque de littératie médiatique.

La question de la liberté d’expression doit se retrouver au centre de l’attention ici. Il y a amplement de contenu humoristique dépourvu de fondement dans la culture populaire, et il n’y a rien de mal là. Par contre, la liberté de l’un s’arrête là où commence celle de l’autre. C’est dans cette optique que le problème doit être abordé. Alors, chers auditeurs de CHOI, lorsque vous criez ‘LIBERTÉ’ partout, rappelez-vous que les autres sont aussi libres que vous. Ils ont le droit de ne pas aimer votre station de radio, tout comme vous avez le droit de ne pas aimer Infoman et Jean-René Dufort.

Poursuivant cette réflexion collective sur la question de la liberté d’expression, Dimitrilium s’est penché sur la censure de l’Internet et de son contenu dans divers pays. Je vous invite à le lire et à poursuivre votre cheminement à travers cette réflexion collective.

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